Récit historique de la Réserve navale

L’Exposition permanente Il y a longtemps que je navigue

Captain Walter Hose
Collection Musée naval de Québec
 

La Réserve navale du Canada peut s'enorgueillir de nombreuses réalisations importantes au cours de ses soixante-quinze ans d'histoire de paix et de guerre. L'une des plus grandes d'entre elles est d'avoir assuré le maintien de la marine. Cette histoire est faite de gens, de passions, de jeux de pouvoir et de politique. L'acteur le plus important de cette aventure, qui a fait figure de véritable « héros », a été Walter Hose.

En 1911, le commander Hose est prêté au Service naval canadien, créé il y a à peine un an. […] En février 1912, il est muté de la Royal Navy (RN) à la Marine royale canadienne (MRC). […] Peu de temps après l'arrivée de Hose dans les rangs de la MRC, le directeur du Service naval (D.S.N.), le contre-amiral Kingsmill, se rend en visite sur la côte Ouest et le rencontre. Considérant la faiblesse de l’intérêt populaire d’alors pour la création d’une marine nationale, Hose propose la mise en place d’une marine de citoyens - une réserve navale de volontaires. Le contre-amiral lui fit la réponse suivante : « Mon cher Hose, n'y pensez pas - cela est impossible. » En dépit de cette remarque, cela se fit. […]Un arrêté en conseil du 14 mai 1914 autorise la formation de la réserve, qui prend le nom de Réserve de volontaires canadiens de la Royal Navy. (RNCVR - Royal Navy Canadian Volonteer Reserve )

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, la MRC et sa réserve, qui compte à peine quelques mois d'existence, ne sont pas en mesure d'apporter une aide significative à la Grande-Bretagne.[…] Lorsque les sous-marins allemands commencent à s'attaquer à des navires marchands, il devient vite évident que la RN n'est pas en mesure de relever le défi et d'assurer une défense efficace au large des côtes canadiennes.

Les contre-amiraux Hose (à gauche) et Stephens au HMCS Patriot lors du 50e anniversaire de la fondation de la Réserve navale du Canada en 1973.
Collection Musée naval de Québec
 

La RNCVR entre donc dans une phase rapide d'expansion. À la fin de la guerre, 6 000 hommes auront servi dans la RNCVR, constituant l'équipage de 136 petits bâtiments de patrouille affectés à la lutte anti-sous-marine, au dragage des mines et à l'escorte de convois. Le service de patrouille a à sa tête Walter Hose, promu entre-temps au grade de capitaine. Cette situation ne devait toutefois pas durer. À la suite de la démobilisation générale à la fin de la guerre, la RNCVR est démembrée le 15 juin 1920.

Le besoin de restaurer l'économie nationale et la lassitude causée par « la guerre qui devait mettre fin à toutes les autres guerres » auxquels s'ajoute l'absence apparente d'ennemi ou de menace, donnent lieu à des réductions encore plus draconiennes dans le budget de la défense. […] Walter Hose [...] se doit de réagir, [...] il propose donc que la Marine soit réduite à un seul destroyer sur chacune des côtes et que les arsenaux ne conservent que les ressources minimales nécessaires au maintien d'une petite base d'entraînement. Pour éveiller l'intérêt du pays envers la Marine, il suggère de mettre sur pied, dans les grandes villes du pays, des éléments de la RCNVR (Royal Canadian Naval Volunteer Reserve), la Réserve de volontaires de la Marine royale canadienne, appelée plus couramment Wavy Navy. Le jour même de son dépôt, le 1er mars 1922, le ministre approuve le mémoire de Hose. Le décret en conseil établissant la RCNVR est signé le 31 janvier 1923. Le 14 mars, le premier mandat visant la création d'une demi-compagnie à Montréal est confié au lieutenant Frank Meade. À la fin de l'année, douze unités auront été formées, et lorsque le Canada entrera en guerre le 10 septembre 1939, la RCNVR comptera seize unités actives.

 

 

Insigne de casquette d’officier de la RCNVR.
Collection Stanislas Déry

 

Dans la bataille subséquente, l'ennemi n'était ni la politique ni les finances, mais plutôt les sous-marins allemands et les conditions météorologiques. […] D'abord, lorsqu'on parle de la « Marine canadienne » ou de la MRC pendant la Seconde Guerre mondiale, il s'agit en réalité de la RCNVR. Le « Service naval » compte à l'époque trois éléments : la MRC de la force régulière, la Réserve de la Marine royale du Canada ( RCNR - Royal Canadian Naval Reserve ) composée exclusivement d'hommes ayant travaillé dans la marine marchande, et les citoyens qui se sont portés volontaires pour servir dans la RCNVR. L'effectif total de ces trois éléments s'élevait avant la guerre à moins de 5 000 hommes. En avril 1941, plus de la moitié des effectifs mobilisés de la marine proviennent de la RCNVR. À la fin de la guerre, plus de 100 000 personnes auront porté l'uniforme de la Marine canadienne. Le cadre de la MRC d'avant-guerre n'était pas en mesure de faire face à lui seul aux innombrables exigences de cette expansion, dont on ne trouve l'équivalent dans aucun autre service naval. À la fin de 1942, pas moins de 48 p. 100 des escortes de convoi dans l'Atlantique Nord sont assurées par des navires de la MRC.

 

Tapis illustrant l’emblème de la RCNVR
Collection Lucien Côté
Ce tapis fut réalisé par Monsieur Lucien Côté, membre de la RCNVR, lors de son séjour à l’Hôpital Saint-Charles de Québec en 1948.

 

À la fin de la guerre, ce chiffre atteindra 98 p. 100. Lorsque les corvettes nouvellement armées, qui constituent le fer de lance des convois, lèvent l'ancre pour la première fois, jusqu'à 75 p. 100 de leurs membres d'équipage n'ont encore jamais pris la mer. [...] Et pourtant, ces hommes, de même que la marine, triompheront [...] des redoutables U-Boots.

La paix conclue, d'autres changements surviendront. Il y eut d'abord la fusion des deux réserves. Le 1er janvier 1946, la RCNR et la RCNVR forment dorénavant la Marine royale canadienne (Réserve). L'année 1947 marque le début de la guerre froide, l'Union Soviétique se faisant de plus en plus menaçante. Le maintien de la paix dépendra des forces de dissuasion, et ces dernières, des armes atomiques ou nucléaires. [...] Les gens commencent à parler de guerre « inopinée », une guerre qu'il faudra mener sans qu'on ait le temps de mobiliser les réserves. La Réserve navale n’est toutefois pas complètement laissée de côté. En effet, c’est en 1952 que le Canada met en service cinq navires de la classe Barrage auxquels on donne des noms de portes de fortifications françaises au Canada. Conçus à l’origine pour ouvrir et fermer des filets anti-sous-marins à l’entrée des ports, ils sont principalement utilisés pour l’entraînement des marins de la Réserve navale du Canada.

NCSM Porte Saint-Jean
Collection Musée naval de Québec
  NCSM Porte Québec
Collection École navale des Forces canadiennes, Québec
 
       

Vitrine sur les navires de la classe Barrage au Musée naval de Québec
 

 

 
Le premier des douze Navires de défense côtière de la Réserve navale du Canada, fût finalement construit sous le nom de HMCS Kingston. À l'origine, il devait s'appeler HMCS Frontenac.
Réserve navale du Canada
 

L'absence de rôle bien défini, le souvenir de plus en plus lointain de la dernière guerre et les réductions budgétaires portent tous atteinte à la RCN(R). Ses effectifs s'amenuisent et l'équipement désuet n'est pas remplacé. Au moment de l'unification, en 1968, la RCN(R) disparaît au même titre que les services distincts et fait dorénavant partie des Forces canadiennes. Pourtant les divisions de la Réserve navale et leurs membres sont toujours là. Descendant d'une longue lignée, la Réserve navale a survécu jusqu'à nos jours et constitue désormais la formation de la Réserve navale du Commandement maritime. Un autre défi de taille l'attend - celui de former les équipages des [...] navires de défense côtière (NDC) nouvellement construits pour remplacer les navires de la classe Barrage retirés du service à la fin des annés 1990.

Aucune autre réserve n'assume à temps plein un aussi grand rôle opérationnel en période de paix. Comme cela s'est si souvent produit par le passé, un historien consignera un jour ce fait comme une autre « victoire ».

 
Emblème de la Réserve navale du Canada et devise par Georges Danton
Réserve navale du Canada
 

 

[N.D.L.R. : Dans ce texte, certains passages ont été ajoutés au texte original publié sur le site web de la Réserve navale du Canada.]