La guerre dans ma cour!

« En arrivant à Anticosti en juin 1917, les gardes m’informèrent que plusieurs sous-marins allemands avaient été vus près de l’île, d’où la crainte que tous les habitants avaient été attaqués à la Baie Ellis, sans aucun moyen de nous défendre.

Le danger était grand.

En effet, sauf nos gardes qui n’avaient que leurs rifles, personne en dehors de moi n’avait de fusils, et qu’auraient pu faire nos 30 gardes, si un sous-marin venait à Port Menier? Il se serait rendu maître en un instant du port, ses occupants se seraient emparés de nos magasins, de nos approvisionnements en vivres, charbon et pétrole, etc. Ils auraient eu à leur disposition l’hôtel et nos vastes camps, ainsi que nos ateliers mécaniques, les quais, le chemin de fer, etc. Ils auraient pu faire chez nous une base de sous-marins et bloquer entièrement la navigation du Golfe et du Saint-Laurent : Québec et Montréal auraient été embouteillés. L’année suivante, en 1918, la situation devenait encore plus grave, et le capitaine Stuart commandant, le croiseur le « Canada » étant venu me voir, confirma mes craintes. »

Tiré du Journal de l’Île d’Anticosti de 1918 rédigé
par Georges Martin-Zédé, directeur général de l’Île d’Anticosti.
Fonds Georges Martin-Zédé (P186) conservé aux Archives nationales du Québec, à Québec.

Comme en font foi les rumeurs déjà existantes depuis la Première Guerre mondiale, les autorités militaires et gouvernementales se doutent qu’elles devront, peu après le début de la Seconde Guerre mondiale, assurer la protection de l’entrée du golfe Saint-Laurent. Au début de 1940, parce qu’elle occupe une position stratégique pour la défense du golfe et du fleuve, la baie de Gaspé est donc choisie pour abriter une partie de la flotte britannique dans l’éventualité d'une invasion de la Grande-Bretagne. La configuration de la baie permet entre autres l’établissement et la protection d’une base navale en eau profonde.

Force est donc de constater que la présence militaire en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent lors de la Seconde Guerre mondiale est considérable. Le paysage est rapidement modifié par la mise en place d’installations militaires qui servent à la défense et à la surveillance côtière, à l’escorte de convois, ainsi qu’à l’entraînement et à la formation des hommes enrôlés dans les forces armées. Cette présence militaire se traduit par l’aménagement d’une base navale à Gaspé, par la construction de batteries côtières un peu partout le long des rives du Saint-Laurent, par l’installation d’un aéroport militaire à Mont-Joli, et par la mise en place de postes de surveillance côtière dans la péninsule gaspésienne et dans le Bas-Saint-Laurent, sans compter les installations sur la Côte-Nord, dans le golfe et à Terre-Neuve.