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Au coeur...de l'action Léon-Paul Fortin
[N.D.L.R. Les extraits textuels sont tirés dune entrevue
que Monsieur Léon-Paul Fortin a accordé en septembre 1998
à Julie Fournier du Musée naval de Québec.]
Le HMCS Charlottetown a été coulé le 11
septembre 1942, à huit heures trente du matin, près de
Cap-Chat. Lors de son torpillage, le HMCS Charlottetown était
affecté à lescorte de convois Québec
Sydney dans le secteur du golfe Saint-Laurent. De retour de lescorte
du convoi SQ-35, la corvette rentrait à sa base dattache,
à Gaspé. La corvette avançait lentement en neffectuant
pas les mouvements de zigzag requis. Comme cétait le changement
de quart, il y avait beaucoup dactivités sur le navire.
Le HMCS Charlottetown a été touché par
deux torpilles et coulé en quatre minutes environ. Léon-Paul
Fortin, survivant du torpillage du HMCS Charlottetown nous raconte
comment il a vécu cette attaque ennemie.
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Le marin Léon-Paul
Fortin en permission
Fonds Léon-Paul Fortin
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« [...] jai été
quatre heures dans leau avec un bras pis une jambe cassées.
Jétais là, sûrement là. Cest
parce que mon heure était pas arrivée parce que jai
eu un coup qui aurait pu être fatal pour moi. Parce que la torpille
a frappé juste en-dessous où jétais. Ça
fait que jai revolé dans les airs, jai fait une pirouette
pis je suis retombé sur la partie du bateau qui restait. [...]
Je me suis en allé sur mon abandon ship station là.
[...] Pis moi jallais sur la chaloupe du côté gauche.
[...] Mais la chaloupe, on était pas capables de la mettre à
leau parce que le bateau avait été frappé
du côté droit pis il penchait comme ça. [...] Mais
plus on la levait pour la pousser en dehors, plus elle rentrait par
en dedans. Lorsque leau était rendue à nous autres,
le capitaine dit : « The hell with it, everybody in the
water. »
« [...] jai été à
leau au moins deux heures et demi, trois heures dans la brume
pis dans le mazout parce que le bateau avait été frappé
dans les tanks à lhuile. [...] Un moment donné
le brouillard sest levé, mais il y avait une chaloupe quils
avaient réussi à mettre à leau; cétait
la chaloupe du côté droit. Ils avaient réussi à
la mettre à leau. Mais ils étaient déjà
29 dedans. [...] Quand ils mont aperçu, ils ont essayé
de venir vers moi, mais moi jai nagé vers eux. Là,
ils ont dit : « Tiens-toi après le bord. » Je me
suis tenu après le bord un peu, mais pas longtemps parce que
jétais rendu à bout. Rendu à bout là,
je leur ai dit : « Si vous me laissez pas embarquer, moi je me
laisse aller. » Donc jai deux copains, je sais pas lesquels
là, qui se sont sacrifiés parce que eux ils avaient rien
eu. [...] Ils mont embarqué pis ils mont allongé
dans le fond de la chaloupe. Jai pas perdu conscience [...]. Je
voulais plus rien savoir de rien là. »
Lexplosion des charges de profondeur du navire a causé
la mort de certains hommes, alors que les autres membres de léquipage
ont été victimes du froid. Bilan : dix hommes sont morts,
dont le capitaine John W. Bonner. Le repêchage des survivants,
qui a duré entre trois heures trente et six heures, a été
effectué par le HMCS Clayoquot et par des fairmiles.
Les rescapés ont ensuite été amenés à
lHôpital de Gaspé.
« On est arrivés à dix heures le
soir. La bateau avait été torpillé à huit
heures le matin, ils nous ont ramassés à onze heures et
demi. Pis le temps que ça pris, on était en face de Cap-Chat,
on était pas loin. »
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HMCS Charlottetown
Collection Musée naval
de Québec. Photo : Marine royale canadienne
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Incapables de soigner Léon-Paul Fortin à
lHôpital de Gaspé, les religieuses lenvoient
à la base navale de Gaspé. Les autorités militaires
choisissent alors de lenvoyer à Halifax en lembarquant
sur le HMCS Arrowhead qui se dirige à Sydney, Nouvelle-Écosse.
Léon-Paul Fortin devra faire le reste du trajet en train. Arrivé
à Halifax, il est envoyé à lhôpital
militaire temporaire. Devant laggravation de ses blessures, los
du bras ayant repris incorrectement, il est transféré
une semaine plus tard, faute de places, dans un hôpital général
de Halifax. Il devra encore attendre dix jours pour subir les interventions
chirurgicales nécessaires.
Laventure vécue par Léon-Paul Fortin nest
pas isolée, parce que nombre de marins lors de la bataille du
Saint-Laurent ont vu leur navire attaqué et coulé par
des torpilles allemandes. Des dizaines ont trouvé la mort, alors
que dautres ont eu la chance dêtre repêchés
et de survivre à ces attaques. Cependant, lhistoire racontée
par Léon-Paul Fortin est unique car elle relate un événement
marquant et difficile dans sa vie dhomme. Acteur dans la bataille
du Saint-Laurent, Léon-Paul Fortin demeure un témoin significatif
de cette période de guerre au Québec.
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