Installations côtières à Gaspé

[N.D.L.R. Les informations relatives aux batteries côtières de Fort Prével, Fort Haldimand et Fort Péninsule ont été puisées dans le rapport La batterie côtière de Fort Péninsule et le complexe défensif de la baie de Gaspé lors de la Seconde Guerre mondiale rédigé par Normand Lafrenière du Service canadien des parcs. Les citations proviennent également de ce rapport de recherche.]

Dessin montrant les défenses côtières de la baie de Gaspé
Tiré du rapport de Normand Lafrenière du Service canadien des parcs, La batterie côtière de Fort Péninsule et le complexe défensif de la baie de Gaspé lors de la Seconde Guerre mondiale, p. 73.

 

À l’été de 1940, devant la menace d’une invasion de la Grande-Bretagne, les autorités militaires entreprennent de trouver sur la côte est du Canada un port pour abriter leur flotte. La baie de Gaspé est choisie à cause de sa position stratégique permettant la défense de la côte est et des eaux adjacentes, et facilitant la défense du site. Le mouillage est suffisant et permet d’accueillir les navires de guerre. L’ensemble du complexe militaire a deux fonctions principales : abriter un port et des installations militaires pour assurer la protection de la flotte britannique dans le cas où elle devrait quitter ses bases, et protéger un petit détachement de navires d’escorte rattaché à la base navale du HMCS Fort Ramsay.

Les trois armes, aviation, armée et marine, doivent travailler de concert pour assurer la défense adéquate de la baie. La marine protège l’entrée de la baie de Gaspé, contrôle le trafic maritime transigeant par le port de Gaspé et effectue la patrouille et le déminage aux abords du port. L’armée se charge d’opérer les trois batteries côtières, s’occupe de la défense antiaérienne et, en cas d’attaques terrestres, fournit des effectifs supplémentaires. L’aviation doit, de son côté, effectuer des patrouilles de reconnaissance sur un large territoire et attaquer les ennemis en cas d’incursions terrestres ou aériennes.


Édifice administratif situé à la base navale de Fort Ramsay, Gaspé

Archives nationales du Canada (PA-134329)

La Marine royale canadienne

Dès la saison de navigation de 1940, quelques navires de guerre effectuent de la patrouille dans les eaux du fleuve de façon sporadique. Par exemple, le HMCS Bras d’Or est rattaché à la base de Rimouski comme démineur de juin à la mi-octobre 1940. En octobre 1940, le HMCS Vison est le premier navire rattaché à la base de Gaspé; il retournera à Halifax en novembre 1940 lors de la fermeture du fleuve pour la période hivernale.

En juillet 1940, une patrouille est aussi constituée à partir des quartiers généraux de Rivière-du-Loup. Cette patrouille couvre de l’Île-aux-Coudres jusqu’à la pointe ouest de l’Île d’Anticosti et comprend les navires suivants : Ambler, Eileen, Cleopatra et Anna Mildred.

À l’ouverture de la saison de navigation de 1941, quatre yachts armés sont rattachés à Gaspé : HMCS Reeinder, HMCS Raccoon, HMCS Lynx et HMCS Vison.

C’est le premier mai 1942 qu’on inaugure officiellement la base navale HMCS Fort Ramsay à Gaspé. Elle est située à l’intérieur de la pointe de terre de Sandy Beach, sur les rives de la baie, à proximité de Gaspé. On y trouve des défenses maritimes, des soutes à mazout, des jetées, des soutes à munitions, des ateliers d’entretien, un ber roulant, des installations de communication ainsi qu’un hangar avec contre-étrave pour les hydravions. Un seul navire y est alors stationné, le Venning.

Construction du filet sous-marin protégeant l’entrée de la base navale de Fort Ramsay, entre Sandy Beach et Penouille, septembre 1942.

Archives nationales du Canada (PA-134334)

Suite aux premiers torpillages dans le fleuve Saint-Laurent, les autorités militaires décident de renforcer les défenses gaspésiennes en créant la Force d’escorte du golfe et en y affectant sept corvettes, cinq dragueurs de mines Bangor, trois vedettes à moteur fairmiles, qui s’ajoutent aux trois fairmiles déjà présents, et un yacht armé. Le total des navires affectés à la base de Gaspé est alors de 19. En plus d’effectuer de la patrouille et de l’escorte de convois, ces navires recupèrent les survivants des torpillages.

C’est le Service de contrôle naval situé à Québec qui a le tâche d’organiser les convois dans le fleuve Saint-Laurent, qui partent des Îles du Bic et qui se dirigent vers Sydney, Nouvelle-Écosse. En août 1942, une base de détection radar est aussi installée à Rimouski et deux navires y sont rattachés, soit le HMCS Madawaska et le CGS Jalobert, qui effectuent aussi l’escorte de convois. En 1943, le fleuve étant fermé à la navigation transatlantique, les effectifs sont réduits à la base de Gaspé : diminution des dragueurs de mines et des vedettes à moteur fairmiles et réduction des militaires affectés.

Il y aura un regain d’activités au cours de la saison de navigation de 1944 alors que les U-Boots reviendront hanter le golfe Saint-Laurent, mais faute de menace pressante et suite aux besoins en navires pour les opérations outre-atlantiques de la fin de la guerre, on décidera de fermer graduellement les installations.


Ruines probables d’un ancien bâtiment militaire à la base navale de Gaspé Collection Musée naval de Québec

 


Canon à Fort Prével.
Les terrains où sont situés les canons appartiennent aujourd’hui à un complexe hôtelier.

Collection du Musée naval de Québec

L’Armée canadienne

Ce sont les trois batteries côtières, Fort Péninsule, Fort Prével et Fort Haldimand, qui assurent la protection de la base navale de Gaspé. Fort Prével sert de batterie de contre-bombardement, à cause de sa position à l’entrée de la baie et du calibre de ses canons qui sont les plus gros du complexe militaire à Gaspé. Fort Haldimand, situé à l’extérieur de la zone prohibée, sert de batterie d’inspection et de batterie de contre-bombardement pour les vedettes et les torpilleurs. Fort Péninsule assure deux rôles : celui de batterie de défense rapprochée et celui de batterie d’inspection. [...] Fort Péninsule devait veiller à l’application intégrale des règlements régissant l’entrée, la sortie, de même que tous les déplacements des navires marchands à l’intérieur du port de Gaspé. Le service d’inspection des navires marchands se fait aux limites de la zone prohibée. Les navires de guerre doivent se rapporter au Port War Signal Station, un poste de contrôle situé à l’entrée de la baie de Gaspé. Fort Péninsule comme batterie de défense rapprochée, a également pour mission d’engager le combat à courte portée, avec tout navire reconnu hostile, essayant d’attaquer le port de Gaspé. Contrairement aux deux autres batteries côtières, Fort Péninsule est doté d’une garnison qui se compose d’un détachement d’artilleurs formé de la troupe C de la 105e Batterie côtière ainsi que d’une petite unité d’infanterie d’une trentaine de militaires. Finalement, deux batteries de canons sont postées sur les hauteurs de la montagne située à l’arrière de HMCS Fort Ramsay. Deux autres canons ceinturent les flancs gauche et droit de la base navale. La construction des installations de défense côtière fixe débute en avril 1941 et est complétée en août de la même année.

Ainsi les défenses du complexe militaire de Gaspé se divisent en défenses fixes (batteries côtières, projecteurs, filet sous-marin) et en défenses mobiles (patrouilles aériennes et navales).

Les militaires surveilleront ainsi la baie de Gaspé jusqu’au démantèlement de toutes les installations nécessaires à l’hébergement des garnisons de soldats le 1er octobre 1944.

Gaspé, 1945

Archives nationales du Québec à Québec
Série Office du film du Québec (E6, S7, P29218)

L’Aviation royale canadienne

Jusqu’en mai 1942, les opérations aériennes se déroulant dans la région du golfe sont extrêmement limitées, à cause de la faible menace de l’ennemi et par manque de ressources. La seule unité opérationnelle stationnée le long du golfe avant 1942 est un détachement de Supermarine Stanraer du 5e Escadron qui opère à partir d’une base improvisée à Gaspé durant la saison de navigation de 1940.

Suite aux premières attaques sous-marines dans le Saint-Laurent au printemps 1942 le Commandement aérien de l’est doit déployer ses forces. Il assume la plus grande partie du travail, c’est-à-dire la patrouille des eaux, la surveillance des convois et l’attaque des sous-marins. Deux des sept hydravions à coque du nouvel escadron aérien 117e sont envoyés à la base navale de Gaspé pour y former un détachement. Après les torpillages de juillet 1942, trois Hudson du 113e Escadron de Yarmouth, en Nouvelle-Écosse, ainsi que trois Hudson du 119e Escadron de Sydney, en Nouvelle-Écosse, sont détachés à la base aérienne de Mont-Joli pour le reste de la saison de navigation. Entre les mois de mai et d’octobre 1942, le Commandement aérien de l’est effectuera 1590 vols opérationnels au-dessus du golfe. La couverture aérienne du golfe ne sera pas vraiment augmentée tout au long de la guerre. Faute de ressources suffisantes, les forces aériennes choisissent de concentrer leur effort sur les zones où l’ennemi a le plus de chances de se trouver. L’aviation mènera tout de même plusieurs attaques contre des sous-marins ennemis ayant fait des victimes dans les eaux du golfe ou du fleuve Saint-Laurent.

Lors de la saison de navigation de 1943, l’état-major de la base de Gaspé dirige aussi les unités de la Région aérienne de l’est opérant dans le golfe, connues sous le nom de 5e Groupe ou Groupe du golfe. Les forces aériennes et maritimes opérant dans le golfe seront actives pendant tout l’été et ce jusqu’à la mi-novembre, escortant des convois et répondant aux alertes.

Tout au long du conflit mondial, il semble toutefois qu’il ait eu peu de coordination entre la marine et l’aviation et aucun plan d’opérations aériennes cohérent ne semble avoir été élaboré.

 

Aujourd’hui


Bouée ayant servi à soutenir le filet sous-marin

Collection Richard Chouinard

Les vestiges actuels de Fort Péninsule ne représentent pas l’ensemble des installations mises en place durant la Deuxième Guerre mondiale. Maintenant située à l’intérieur du Parc Forillon, cette batterie côtière possède encore ses ouvrages de fortifications : canons, chambre forte en béton contenant les poudrières, magasins d’obus, et abris pour le détachement d’artillerie préposé à la garde et au maniement des canons.

Une partie des installations se trouvant à Fort Prével lors de la Seconde Guerre mondiale existe encore aujourd’hui. Les deux canons et les murs de béton sont toujours à leur emplacement original et se trouvent sur les terrains d’un complexe hôtelier.

Certains résidents de Gaspé ont aussi en leur possession des objets qui font référence aux installations défensives de la baie de Gaspé lors de la Seconde Guerre mondiale. Par exemple, Monsieur Richard Chouinard possède une bouée qui servait à faire flotter le filet sous-marin placé entre Sandy Beach et Penouille.