![]() |
![]() |
Au coeur...des opérationsOPÉRATION KIEBITZ
IntroductionMalgré lisolement des camps outre-Atlantique, plusieurs prisonniers échafaudent des plans pour sévader, et dans certains cas les mettent à exécution. Cest le cas du prisonnier allemand Otto Kretschmer, instigateur dun projet dévasion qui a donné lieu à une vaste opération militaire impliquant la marine allemande, larmée et la marine canadienne. La stratégie de lopération, baptisée opération Kiebitz par les autorités allemandes avait comme objectif lévasion de prisonniers allemands et leur embarquement à bord dun sous-marin venu les attendre dans la baie des Chaleurs. Les Canadiens, comme contre-attaque, planifièrent lopération de Pointe Maisonnette. Ils cherchaient à appréhender le prisonnier allemand qui avait réussi à séchapper et à capturer le sous-marin qui avait comme mission de recueillir le fugitif. |
![]() |
|
|
Carte de localisation
montrant Bowmanville, Ontario et Pointe Maisonnette, Nouveau-Brunswick
Tirée de l'ouvrage de Luce Deschênes Damian et Raymond Damian, Atlas régional du Québec et du Canada, p. 112. |
À lautomne 1942, lofficier Kretschmer, surnommé
le Loup de lAtlantique, élabore un projet dévasion
qui permettrait à quatre officiers, dont lui, de senfuir
du camp. Les trois autres sont également des officiers de sous-marins
: Kapitänleutnant Hans Ey du U-433, coulé le 16 novembre
1941, Horst Elfe du U-93, coulé le 15 janvier 1942, et
Joachim von Knebel-Döberitz, officier exécutif. Dans un
article publié dans LAction catholique de 1957,
Krestchmer explique ce qui lamena à choisir Pointe Maisonnette
comme lieu de rendez-vous :
« Je possédais un Atlas que je métais
procuré en Angleterre; cétait un bel Atlas décole
où nous pouvions étudier avec attention la côte
orientale du Canada.
Là où le Saint-Laurent se jette dans
la mer, le long des rivages de la grande embouchure, nous avions localisé
un grand nombre de baies. Lune delles, dite baie des Chaleurs,
attira notre attention à cause dun cap qui sy avançait
et qui pouvait être propice à lévasion. Le
cap avait nom Pointe Maisonnette.
Nous pouvions facilement atteindre Pointe Maisonnette
en trois ou quatre jours si les conditions de marche se révélaient
un tant soit peu favorables. Une fois sur place, il nous serait possible
de nous embarquer à bord dun sous-marin que nous enverrait
lamiral Dönitz. Limportant était de décider
le BdU, le commandant en chef de la flotte de sous-marins, lamiral
Dönitz, à nous dépêcher un sous-marin. »
Extrait puisé dans louvrage de
Yves Bernard et de Caroline Bergeron,
Trop loin de Berlin. Des prisonniers
allemands au Canada (1939-1946), p. 216.
Cest par lentremise de lépouse de von Knebel-Döberitz, secrétaire de lamiral Dönitz, que le prisonnier Kretschmer entre en contact avec le commandant de la Kriegsmarine. Dans une lettre codée, il fait part à Dönitz de son intention de sévader et propose lendroit où il voudrait que les fugitifs soient récupérés par un sous-marin. Suite à laccord de lamiral, les préparatifs pour mener à bien le plan dévasion sont entrepris. La sortie du camp se fera par un tunnel qui débouchera assez loin à lextérieur du camp et des barbelés. Afin de tromper les gardes, le creusage de trois tunnels sont entrepris simultanément. La terre retirée du tunnel est cachée dans le plafond des dortoirs. Après quatre mois, deux tunnels sont abandonnés afin de concentrer les efforts sur le troisième. Plus de 150 hommes travaillent aux tunnels en se relayant jour et nuit sur des quarts de travail. Quelques hommes soccupent de préparer le matériel nécessaire à la fuite des prisonniers comme des mannequins pouvant se substituer aux évadés, des faux papiers didentité, des vêtements civils ainsi que des vivres.
Durant les travaux, des messages codés sont envoyés en Allemagne afin den indiquer lévolution. En août 1943, lorsque le tunnel est presque complété, un échange de lettres codées et de transmissions radios servent à déterminer la date dévasion. Une réponse codée provenant de lamiral Dönitz indique quun submersible, le U-536, commandé par le lieutenant de vaisseau Schauenburg, fera surface pendant deux heures à chaque nuit durant deux semaines, et ce à compter du 23 septembre 1943. Kretschmer et ses trois acolytes auront ainsi 14 jours après leur évasion pour atteindre le lieu de rendez-vous de Pointe Maisonnette, dans la baie des Chaleurs.
À une semaine de la date fixée pour lévasion, les plans sont abruptement modifiés par deux incidents. Une nuit, alors que des prisonniers dorment, le plafond où ils entassent la terre provenant du tunnel cède. Les gardiens, alertés par le vacarme et intrigués par la quantité de terre tombée du plafond, se mettent à en chercher la provenance. Le troisième tunnel nayant pas été découvert par les autorités du camp, Kretschmer, devant lurgence de la situation, décide de passer à laction dès la nuit tombée. Mais, le jour même où il a mis de lavant cette idée, un second incident se produit et met fin au projet dévasion des quatre officiers allemands. Alors quun prisonnier creuse près de la clôture du camp pour remplir de terre ses boîtes à fleurs, le sol seffondre, montrant ainsi la sortie du troisième tunnel aux gardiens. Les prisonniers qui devaient initialement sévader, Kretschmer, Ey, von Knebel et Elfe, sont arrêtés et gardés sous haute surveillance.
Ce que Krestchmer et ses compagnons ignorent, cest que la Gendarmerie royale canadienne est au courant de leur plan depuis longtemps. En effet, la GRC collabore avec lIntelligence militaire canadienne, service qui a réussi à décoder le contenu des messages que les prisonniers et lAmirauté allemande séchangent. Ils ont mis la main, entre autres sur des cartes géographiques de lest du Canada. Charles Little, commandant de lIntelligence navale canadienne lors de la Deuxième Guerre mondiale, raconte la découverte du plan dévasion : « Un colis suspect était adressé à lun des prisonniers allemands du camp de Bowmanville. Après lavoir ouvert avec précaution, nous avons trouvé une carte pour un sauvetage dans la baie des Chaleurs. Alerté, je suis allé voir lamiral Nelles ainsi que lofficier de larmée en charge des camps de prisonniers de guerre, pour leur expliquer la situation et pour leur proposer un plan. »
Extrait tiré de lentrevue du commander
Charles Herbert Little dans la
série Seasoned Sailors
Afin den savoir un peu plus sur ce projet dévasion, le commissaire Harvison de la GRC a installé un microphone qui a détecté la présence dun tunnel et qui a intercepté des bruits de creusage. La découverte du plan dévasion na naturellement pas été dévoilée aux prisonniers allemands. Lintention de la Gendarmerie royale et des autorités du camp est de les laisser continuer à creuser et de les cueillir lorsquils sortiront du tunnel. Les deux incidents ne font quaccélerer léchec de ce projet dévasion.
Devant léchec du plan de Kretschmer, le Kapitänleutnant Wolfgang Heyda, un autre officier incarcéré à Bowmanville, propose lui aussi son plan de fuite.
Insistant sur la présence du sous-marin allemand le long des côtes canadiennes, Heyda réussit à convaincre Kretschmer, lofficier senior du camp, daccepter sa proposition.
Quoique moins sophistiqué, le plan de Heyda compense par son audace et sa témérité. On munit lofficier Heyda dun faux certificat denregistrement national, dune nouvelle identité ainsi que dun faux document signé par le chef de létat-major de la marine, lamiral Percy Nelles. En outre, on lui donne des habits civils, une chaise de matelot, cest-à-dire dun siège fait de cordes et pouvant saccrocher à des câbles, puis on fixe des clous à ses bottes pour en faire des crampons.
Après avoir revêtu ses habits civils et dissimulé sous ses vêtements sa chaise de matelot, Heyda se cache dans un baraquement destiné aux sports pendant quun mannequin prend sa place pour la parade dappel du soir. La nuit venue, profitant dune diversion orchestrée par les autres prisonniers, Heyda sort de sa cachette et entreprend descalader un poteau de la clôture du camp à laide de ses crampons. Arrivé au faîte de la clôture, il sinstalle sur sa chaise, saccroche aux cordes et se balance dans le vide. Il parvient à arriver de lautre côté sans embûches et sans se faire intercepter par les gardiens du camp. Après son évasion de Bowmanville, en voyageant par train, Heyda réussit à atteindre Bathurst, Nouveau-Brunswick, le 26 septembre 1943. Il effectue ensuite le trajet à pieds jusquau point de rendez-vous, soit Pointe Maisonnette. En chemin, il se fait intercepter par une patrouille militaire, mais ses faux papiers et ses vêtements civils le sauvent. À la fin de la soirée, il est enfin arrivé à lendroit prévu.
En juillet 1943, le Kapitäleutnant Rolf Schauenburg se voit confier une mission spéciale sur les côtes du Canada par le chef de létat-major de la marine allemande, lamiral Karl Dönitz. De retour à la base de Lorient, en France, après une semaine de permission, Schauenburg apprend que lopération dont il sest vue confier la tâche vise à récupérer le long de la côte dans la baie des Chaleurs quatre prisonniers allemands évadés. Avant son départ, le commandant du sous-marin reçoit un courrier spécial contenant des cartes géographiques ainsi que des instructions sous scellés quil ne doit ouvrir quune fois arrivé à destination. Léquipage ne doit rien savoir de la nature et du lieu de la mission avant que le sous-marin ne soit en vue du phare de Pointe Maisonnette.
Parti de la base de Lorient le 29 août 1943, le U-536 doit dabord se diriger vers le nord des Açores pour y effectuer une patrouille. Attaqué par un avion Wellington de la RAF (Royal Air Force) alors quil quitte le golfe de Gascogne, le U-536 poursuit sa route. Cest à ce moment quil reçoit le signal de lAmirauté allemande : « Le 12 septembre, commandant Schauenburg, effectuez opération Kiebitz. » Schauenburg se dirige donc vers les côtes canadiennes pour arriver dans le golfe Saint-Laurent le 16 septembre 1943. À lentrée du golfe, il réussit à se faufiler à travers une flotille de navires canadiens effectuant de la patrouille. Dans le magazine allemand Krystal de septembre 1956, cité dans louvrage Trop loin de Berlin. Des prisonniers allemands au Canada (1939-1946), Schauenburg raconte son voyage vers la baie des Chaleurs :
« Nous avons navigué en faisant de grands arcs jusquà lîle dAnticosti. Nous avons poursuivi ensuite vers la baie des Chaleurs. Nos ordres étaient dentrer en contact avec les prisonniers et dattendre leurs signaux lumineux à compter du 26 septembre. »
Les signaux faits au moyen dune lampe de poche puissante ou dun projecteur par les fugitifs devaient indiquer le lieu de rendez-vous. Une fois le sous-marin à proximité de la côte, il devait envoyer à terre un officier allemand ainsi quun assistant dans un canot pour récupérer les fugitifs.
Tout comme la Gendarmerie royale, le haut commandement de la Marine royale canadienne a eu vent du plan dévasion orchestré par les Allemands. Les services secrets britanniques, qui ont déjà réussi à décrypter le code de communication Enigma, ont même intercepté les grandes lignes de lopération.
La Marine royale canadienne constitue une flotille de navires afin de patrouiller la zone sud de la baie des Chaleurs. En effet, dès le 25 septembre, un destroyer, le HMCS Chelsea, trois corvettes, le HMCS Agassiz, le HMCS Shawinigan et le HMCS Lethbridge, cinq dragueurs de mines canadiens, des fairmiles et la corvette HMCS Rimouski sont postés dans la baie et doivent en assurer le blocus lorsque le U-536 y fera son entrée. Ils ont également comme mission de couler le sous-marin allemand.
Pour cette opération secrète, la Marine royale canadienne utilise sur une de ses corvettes une nouvelle technique de camouflage. À cette époque, le HMCS Rimouski est muni dun système de projecteurs qui lui permet, la nuit venue, de se rendre presque invisible à lennemi. Cette technique de camouflage lumineux rend le navire indétectable aux yeux dun observateur lointain, et difficile à voir et à identifier de plus près. Cest le lieutenant Pickford, aujourdhui contre-amiral à la retraite, qui est commandant de la corvette HMCS Rimouski au moment de lopération de la baie des Chaleurs.
|
||
|
Contre-Amiral Image tirée de lentrevue du Rear Admiral R. John Pickford dans la série Seasoned Sailors. Image de Policy Publishers Inc. |
Pickford nous relate quel était le rôle du HMCS Rimouski
dans cette mission secrète :
« Ils avaient installé une station
radar et des postes dobservation sur la plage, et quand ils auraient
une indication de la présence du U-Boot, le HMCS Rimouski,
parce quil utilisait la technique du camouflage lumineux, abandonnerait
la patrouille et entrerait seul dans la baie. Naviguant lentement avec
ses feux de navigation et son camouflage, il donnerait lillusion
quil était un petit bateau jusquà ce quil
capture le sous-marin. »
Extrait textuel tiré du recueil
dentrevue Salty Dips,Vol. 1. p. 4-5
Ce plan nest toutefois pas le plan initial, qui a été rejeté par lAmirauté canadienne et par le Service dIntelligence britannique. Les Alliés ne veulent pas que les Allemands apprennent quils ont brisé le code de lEnigma. Ce plan initial consistait à aborder le sous-marin lorsquil ferait surface. Une équipe entraînée pour ce genre de mission se trouverait à bord dun bateau de pêche au homard armé, et lorsque le sous-marin ferait surface, elle devrait monter à bord et lancer une chaîne dans la tourelle pour éviter que lécoutille ne se referme.
|
||
|
Contre-Amiral Image tirée de lentrevue de Desmond W. Piers Rear Admiral RCN dans la série Seasoned Sailors. Image de Policy Publishers Inc. |
Desmond Piers, responsable des opérations sur terre, nous raconte
de quelle façon il a été mis au courant de cette
mission secrète :
« Un jour, jai été convoqué dans une
pièce où il y avait trois hommes, entre autre lamiral
Puxley et le capitaine Hill, capitaine des sous-marins canadiens. Ce
que nous allions entendre était secret et il devait le rester
même pour nos épouses. Lamiral Puxley se mit à
nous raconter que des prisonniers allemands du camp de Bowmanville en
Ontario avaient planifié de séchapper. Kretschemer,
un capitaine de U-Boot et dautres sous-mariniers avaient
comme projet de se rendre à la baie des Chaleurs et de se faire
recueillir par un sous-marin. »
Extrait tiré de lentrevue du contre-amiral
Desmond Piers dans la série Seasoned Sailors
Dès lété 1943, Murray a envoyé le lieutenant Piers et le capitaine Hill dans la baie des Chaleurs afin de veiller à linstallation de deux postes de radars mobiles. Le transport de ces radars a été réalisé par lun des bataillons du Royal Canadian Engineer.
À la tête de ce bataillon, le capitaine Lafond raconte le rôle quil a joué dans cette mission secrète : « Il me faut organiser un convoi comprenant deux radars, avec ses génératrices, le personnel préposé à leur opération, soit une quarantaine de soldats du R.C.A., plus une section de sapeurs, en plus de 24 des chauffeurs de lArmy Service Corps. [...] Pourquoi tout cela? Je ne suis pas sûr si je lai appris tout de suite, ou seulement rendu à Bathurst de la bouche du capitaine qui nous attendait. De toute façon lobjectif de ce déplacement hâtif était de saisir un sous-marin allemand dans la baie de Caraquet au nord de Bathurst. »
Extrait textuel tiré de larticle
Le sous-marin de Maisonnette et les radars de la Gaspésie
dans la Revue dhistoire de la Société historique
Nicolas-Denys.
Les deux radars arrivés à destination, on les installe de chaque côté du phare de Pointe Maisonnette, à une distance de deux milles. Constituées de deux camions et de deux remorques, ces unités sont cependant très visibles pour lennemi. Le lieutenant Piers, aujourdhui contre-amiral à la retraite, a installé son quartier général dans le phare. Son travail est de surveiller larrivée du sous-marin allemand sur ses écrans radars et den avertir les navires postés dans la baie qui se chargeront de torpiller le submersible.
Arrêté une seconde fois, Heyda nest pas appréhendé par la GRC qui le laisse filer après avoir vérifié son identité. Intercepté quelques moments plus tard sur la plage par des sentinelles, Heyda se fait conduire au phare de Pointe Maisonnette pour être interrogé par le lieutenant Piers. Convaincu quil sagit dun des prisonniers évadés du camp de Bowmanville, il le traite avec civilité et le laisse sexpliquer. Heyda prétend être un ancien membre du corps de génie de lArmée canadienne licencié pour se joindre à la compagnie Northern Electric. Il tente de convaincre Piers quil doit fabriquer de léquipement anti-sous-marin dans la lutte contre les U-boots allemands présents dans lAtlantique. Il a en sa possession une lettre de licenciement de lArmée canadienne, une carte didentité, une lettre de remerciements du chef de létat-major de la marine pour le travail accompli, des billets canadiens et américains, une boussole faite à la main ainsi que des chocolats de la Croix-Rouge allemande. Plusieurs éléments ont contribué à le trahir : la nature de son travail, la fausse signature du chef de létat-major de la marine, la date démission des billets dargent et surtout les chocolats provenant de lAllemagne.
Démasqué, Heyda dévoile sa véritable identité, sans toutefois révéler dautres détails. La convention de Genève nexige pas dautres informations de la part des ennemis capturés. Dans louvrage de Jean-Guy Dugas, Opération Kiebitz. Un Rendez-vous à Pointe Maisonnette, Piers raconte ce qui sest passé par la suite :
« Je lui ai exprimé mes regrets, mais je devais le
renvoyer en détention. Jai téléphoné
à la GRC. Ils sont venus avec une voiture et quelques moments
plus tard, je le remettais entre leurs mains.
Heyda fut renvoyé à Bowmanville trois jours plus tard avec une certaine réticence, puisquil pouvait raconter à ses collègues et à Otto Kretschmer que son plan dévasion avait été contrecarré et que la source dintelligence avait été découverte, ce qui nétait pas bon pour la cause alliée. »
En attente de signaux depuis le 26 septembre, léquipage du sous-marin refait surface la nuit du 27 septembre dans lespoir davoir un signal des prisonniers évadés. Perplexe devant labsence de signal dactivités, le commandant Schauenburg appelle sans quaucune réponse ne lui parvienne.
Lors de linterrogatoire du prisonnier allemand évadé, Wolfgang Heyda, lopérateur radar canadien reçoit un contact lavertissant de la venue du U-boot à proximité de la côte. Piers envoie alors un message aux navires postés dans la baie leur annonçant la présence du sous-marin. Pickford raconte quel était son rôle à bord de la corvette HMCS Rimouski :
« Finalement, ils ont eu un message. Cétait un contact radar. Le plan était le suivant : la corvette HMCS Rimouski avance dans la baie par elle-même avec son camouflage lumineux qui la rendait moins visible. Les feux de navigation étaient éteints comme un navire marchand aurait fait dans la même situation. Nous avions à nous faufiler vers le sous-marin et si cétait possible le capturer. Nous nous sommes donc avancés dans la baie, illuminés comme un sapin de Noël.»
Extrait tiré de lentrevue du contre-amiral
R. John Pickford dans la série Seasoned Sailors.
Un officier anglais parlant allemand tente dentrer en communication avec le U-536, mais sans succès.
Tout à coup, lopérateur radio du sous-marin reçoit un message en allemand disant : « Approchez, approchez. » Ce message nest toutefois pas le bon et na pas été lancé sur la bonne fréquence. Méfiant, le capitaine du sous-marin décide de séloigner de la côte et dentrer en plongée. Il fait descendre le submersible à quelques 30 mètres de profondeur et fait cesser toute activité. Sans obtenir de contacts radio sur la localisation du U-536, les navires canadiens tentent de le chasser en lâchant des grenades sous-marines une partie de la nuit. Dès lors, des charges de profondeur se mettent à pleuvoir autour du sous-marin, qui ne subit que de légers dommages. Après avoir attendu quelques heures que les attaques cessent, Schauenburg fait changer le sous-marin dendroit pour le déplacer au milieu de la baie des Chaleurs, à 40 mètres de profondeur. Le lendemain, à laube, vers six heures, la baie est libre, aucune trace de navire et aucun signe du U-boot. Une journée plus tard, en sortant de la baie à la hauteur de lîle de Miscou, le sous-marin sempêtre dans les filets dun chalutier. Durant quelques minutes, il remorque le petit bateau de pêche. Réussissant à se dégager, léquipage du sous-marin constatera plus tard que des débris du filet sont restés accrochés à la tourelle du submersible.
Ce nest quà la nuit tombante que le commandant allemand se décide à refaire surface. À environ 300 mètres, il aperçoit trois destroyers et un bateau de pêche. Repéré presque immédiatement par les navires canadiens, le sous-marin sempresse de replonger et de se diriger en eaux peu profondes le long du rivage. Après une attente de deux heures, les explosions cessent et le sous-marin refait surface pour sortir de la baie et se diriger vers le détroit de Cabot. Durant la fuite du U-536, léquipage est sérieusement ébranlé par les longues heures dimmersion ainsi que par le changement rapide de pression. En effet, de nombreux membres de léquipage ont perdu connaissance et se sont retrouvés incommodés par lair vicié quils respiraient. Comme Schauenburg le raconte dans le magazine Krystal, cité dans louvrage Trop loin de Berlin. Des prisonniers allemands au Canada 1939-1946 :
« Je navais quun seul objectif : trouver une zone tranquille à 600 milles nautiques vers le sud, cest-à-dire au-delà de la zone opérationnelle de laviation ennemie. Nous avions un urgent besoin de refaire surface pour permettre aux hommes de récupérer et de faire ensuite les réparations. Lexpérience de la baie des Chaleurs nous avait durement éprouvés. »
Le 5 octobre 1943, alors quil fait route vers le Portugal, Schauenburg communique avec lAmirauté allemande pour laviser que lopération Kiebitz a échoué.
Le 20 novembre 1943, le U-536 est coulé par le HMCS Snowberry, le HMCS Calgary, ainsi que le HMS Nene. Une partie de léquipage est rescapée.