« À l’époque, nous demeurions au centre d’où se trouve le parc Forillon actuellement. C’était en 1942 et je devais avoir 16 ou 17 ans. Cette journée-là, j’étais allé avec mon père chasser l’orignal. Pour chasser, nous devions nous rendre à un lac situé en arrière des montagnes. Rendus au faîte de la montagne, nous avions un point de vue qui nous permettait de voir le Rocher Percé, la baie de Gaspé et Cap-des-Rosiers. C’est à ce moment que nous avons aperçu un convoi d’une vingtaine de navires qui montait au large de Cap-des-Rosiers. Tout à coup, une explosion s’est produite. Nous étions trop loin pour entendre l’explosion, mais nous avons vu la fumée et des taches d’huile sur l’eau. Un premier navire a coulé en quelques minutes et un second a été torpillé à peu d’intervalle. »

Extrait tiré du témoignage de Charles Bouchard
lors d’une entrevue accordée à Julie Fournier
du Musée naval de Québec en novembre 1999

La présence des installations militaires canadiennes nécessaires à la protection du territoire canadien modifie le paysage et par le fait même conditionne la façon de vivre de la population le long des côtes. La réalité quotidienne de ces populations riveraines est ainsi influencée par un environnement qui rappelle l’état de guerre.

À cette présence militaire sur le territoire s’ajoute un ensemble de mesures de sécurité et l’application de la censure.

De tels bouleversements, dans un milieu éloigné des grands centres, ont naturellement un impact majeur sur l’imaginaire collectif. Les mémoires se chargent rapidement de rumeurs et de légendes qui perdurent encore aujourd’hui.