Lors de son entrée en guerre, le 10 septembre 1939, le Canada est loin de soupçonner l'ampleur de la tâche qui l'attend, ni les impacts du conflit sur son propre territoire. La participation canadienne, tout au long des six années que dureront les hostilités, se traduira principalement de trois façons. Le pays jouera un rôle de soutien logistique pour les Alliés, un rôle d'intermédiaire entre la Grande-Bretagne et les États-Unis en plus de participer activement aux combats sur les champs de bataille. L'effort de guerre du peuple canadien s'est exprimé en hommes, en vivres et en matériel de guerre. Toutefois, son impact réel sur l'issue du conflit dépendait directement de l'arrivée à bon port des convois en partance pour l'Europe. La Grande-Bretagne réalise, dès le début des hostilités, qu'elle doit conserver le contrôle des voies maritimes afin d'assurer un approvisionnement des troupes alliées et de la population civile sur le continent. Les routes de ravitaillement de l'Atlantique, allant de l'Amérique du Nord au Royaume-Uni, se doivent d'être protégées à cause de la présence toujours possible de bâtiments ennemis, principalement de celle des redoutables sous-marins allemands.


La position géo-stratégique déterminante du Canada en fait un des principaux protagonistes dans l'approvisionnement de la Grande-Bretagne en matériel de guerre et en vivres, ainsi que dans l'organisation et le contrôle des convois de navires marchands dans l'ouest de l'Atlantique Nord. Durant tout le conflit, la Marine royale canadienne, la marine marchande et le Corps d'aviation royal canadien sont donc directement impliqués dans la bataille de l'Atlantique. En maintenant opérationelle cette ligne essentielle de navigation, les marins et les aviateurs canadiens risquent leur vie à tout moment. Les dangers dans l'Atlantique proviennent autant des attaques ennemies que des intempéries telles que le brouillard et les tempêtes hivernales. Au début de la guerre, le manque d'équipements, de navires de guerre et d'avions de patrouille, ou même la déficience de la formation et des techniques en place jouent en défaveur du Canada. À ce moment, le pays ne possède que quelques dizaines de navires marchands, une quinzaine de navires de guerre, une seule escadrille d'hydravions militaires modernes. De plus, seulement 1700 hommes font partie de la Marine royale canadienne.


Dès 1940, les voies maritimes de l'Atlantique Nord sont le théâtre d'une véritable hécatombe où des centaines d'hommes meurent dans les eaux glacées de l'océan, victimes des attaques sous-marines. Pendant plus de deux ans, de 1940 au mois de mars 1943, la suprématie allemande sur les mers est écrasante. Ce n'est qu'en mai 1943 que les Alliés s'unissent pour lutter contre les sous-marins et décident de renforcer la protection des convois de navires marchands dans l'Atlantique en se dotant, par exemple, de meilleurs équipements et en augmentant le nombre de bâtiments. À la fin de l'année 1943, malgré le fait que la flotte de sous-marins allemands soit toujours active dans l'Atlantique Nord, elle n'arrive plus à prendre le dessus sur les Alliés.


C'est au coeur de ce conflit qui se joue dans l'Atlantique Nord que s'inscrit la bataille du Saint-Laurent. Le fleuve et le golfe du Saint-Laurent s'avèrent des voies maritimes vulnérables et difficiles à protéger à cause de leur superficie et de leur géographie. Porte d'entrée par excellence vers les centres industriels du Canada, le fleuve Saint-Laurent sert de point de départ à de nombreux navires marchands chargés de vivres et d'approvisionnement qui doivent rejoindre de plus gros convois en partance de la Nouvelle-Écosse ou de Terre-Neuve. Il faut donc éviter toute attaque susceptible de compromettre le transport maritime sur le Saint-Laurent. Afin de protéger l'entrée du fleuve, les autorités militaires ont mis sur pied, le long des rives et plus particulièrement dans la péninsule gaspésienne, des mesures défensives. L'installation de batteries côtières, l'aménagement d'une base navale, la surveillance des côtes par des réservistes, la protection des eaux par des navires de la marine canadienne et l'ordonnance de mesures particulières liées à la guerre en sont des exemples. Les craintes se concrétisent malheureusement entre 1942 et 1944, alors que des sous-marins allemands pénètrent dans le fleuve et le golfe, y coulant une vingtaine de navires. Les pertes infligées, en vies humaines et en navires, sont préoccupantes pour les autorités militaires canadiennes et pour les populations riveraines.


Suite aux premiers torpillages de navires, les autorités militaires constatent toutefois la mauvaise organisation du système de défense déjà mis en place et sa piètre coordination. Elles décident donc de renforcer toute la protection le long des côtes gaspésiennes. En septembre 1942, devant l'importance des pertes, le gouvernement du Canada décide de fermer l'accès au fleuve, et ce jusqu'en 1944. Les Allemands tenteront de reprendre les chasses sous-marines, sans connaître de grands succès. Ceci s'explique principalement par l'amélioration, par la Marine royale canadienne, des méthodes de protection des convois et des systèmes défensifs.


Ces événements, survenus au cours de la bataille du Saint-Laurent, s'inscrivent naturellement dans un contexte beaucoup plus vaste, celui de la Seconde Guerre mondiale. C'est à la lumière de ce contexte de guerre sur le territoire canadien que le Musée naval de Québec cherche à connaître la façon dont le mode de vie des populations riveraines québécoises a été modifié. En effet, la guerre façonne un nouvel aménagement territorial et conditionne les façons de vivre.

La bataille du Saint-Laurent a donc eu des répercussions autant sur les forces militaires impliquées que sur les populations civiles vivant le long des rives du fleuve. Ces impacts se sont traduits de diverses façons: les forces en présence se livrent des combats sur mer; des hommes se retrouvent au coeur d'attaques sous-marines, le paysage gaspésien est transformé par la mise en place d'installations de défense côtière et le quotidien de la population vivant les effets de l'état de guerre est, quant à lui, perturbé.

Le Musée naval de Québec vous invite à vivre ou à revivre ces événements.